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Les émeutes de la faim sont-elles une menace pour la stabilité mondiale ?

Les émeutes de la faim sont-elles une menace pour la stabilité mondiale ?
Alors que le G7 a peu abordé ce week-end la question des émeutes de la faim et des manifestations apparues dans 36 pays du monde selon la FAO, l'ONU s'alarme de ce que l'aide alimentaire d'urgence est " incapable de faire face ". Car, dit-elle, la hausse des prix des aliments de base qui plonge des millions de personnes dans l'insécurité alimentaire est structurelle.
Oui : " Ces émeutes se produisent là où les institutions sont fragiles " (Jean Ziegler)

Nous sommes au seuil d'une crise économique, politique et humaine majeure. La flambée des prix des produits alimentaires de base vient plonger dans une misère absolue des populations de plus en plus nombreuses qui se trouvent aujourd'hui frappées d'un désespoir total : à ce jour, 854 millions de personnes sont en permanence sous-alimentées, et chaque jour 100.000 personnes meurent de faim. Or cette hausse des prix agricoles va durer car elle est structurelle, et les mesures d'allégement des droits de douane à l'importation ou de subvention publique massive ne permettront d'alléger la facture qu'à la marge. La politique des pays riches visant à remplacer l'énergie fossile par des carburants d'origine agricole absorbe dans des proportions astronomiques la production de maïs, sucre de canne, blé, etc. Ensuite, les pays riches, à commencer par la France, continuent de subventionner massivement leurs exportations agricoles dans ces pays, et ils empêchent ainsi l'organisation d'une production locale compétitive. Enfin, le report des fonds d'investissement vers les matières premières entretient les prix à la hausse. En clair, le problème ne peut que s'aggraver : alors que 2,2 milliards de personnes, selon la Banque Mondiale, n'ont à ce jour pas de revenus suffisants pour nourrir leur famille, la faim va les pousser à l'insurrection. Les risques d'instabilité sont d'autant plus sérieux que la faim se répand dans ces pays du Sud où les régimes politiques sont fragiles. Il est urgent de renflouer le programme alimentaire mondial, qui a besoin aujourd'hui de 500 millions d'euros, puis d'aider ces pays à développer une agriculture autosuffisante.

Non : " En Égypte, le gouvernement maîtrise très bien la situation " (Virginie Collombier)

L'Égypte, qui ne produit que la moitié des 14 millions de tonnes de blé qu'elle consomme chaque année, vient de vivre des violences dues à la flambée du prix des matières premières et à une pénurie de pain. Ces épisodes arrivent dans un contexte de multiplication des mouvements sociaux, faute de redistribution des fruits de la croissance. Pour autant, le régime ne paraît pas directement menacé car il s'appuie sur des services de sécurité qui contrôlent fermement la situation. Certes, la ville industrielle de Mahala al-Kubra a vu déferler plusieurs centaines de manifestants aux allures de casseurs. Mais ces violences sont restées localisées et, apparemment, elles n'étaient pas organisées. Rien n'indique à ce jour que la confrérie des Frères musulmans, le seul groupe d'opposition crédible et disposant de réseaux efficaces dans le pays, ait été à l'origine du mouvement. Et le gouvernement d'Ahmed Nazif est extrêmement vigilant : il a rapidement annoncé des mesures pour faire face à la crise. Alors qu'il était question de remplacer les subventions traditionnelles aux produits de base par des allocations directes aux plus démunis, une augmentation des subventions a finalement été annoncée, de même qu'une baisse des droits de douane sur certains produits et une hausse des salaires des fonctionnaires. En vérité, si les manifestations sont devenues plus fréquentes, le gouvernement a fortement renforcé son verrouillage du champ politique, avec l'appui de l'appareil sécuritaire. Tout en se montrant beaucoup plus conciliant face aux revendications sociales. Reste à savoir comment il va financer ces mesures, lesquelles pourraient s'avérer insuffisantes.

La raison d'un réveil brutal
Sur les trente-six pays où la flambée des prix alimentaires est dramatique pour ses habitants, près d'un sur trois se trouve dans une situation d'instabilité chronique, où domine un chef d'État à la légitimité contestée, en particulier en Afrique. Ce qui amène notre ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, à prédire que ces crises "ne seront pas seulement humanitaires" et qu'elles "constituent des enjeux de sécurité majeurs". S'il l'a dit à la veille du G7, c'est "au nom de la préservation d'équilibres politiques et migratoires précaires". Le mot est lâché. Car il ne s'agit pas de famines, comme celles qui terrassèrent sur place les populations au Sahel, en Éthiopie, en Somalie ou au Darfour. Cette fois, les aliments de base existent. Mais ils sont devenus inabordables, et ils le resteront. Cette fois, s'ils n'ont plus les moyens de se nourrir, ce n'est pas à cause d'une succession de mauvaises récoltes. Mais parce qu'ils ont abandonné leur agriculture vivrière sous le "conseil avisé" de la Banque mondiale qui, depuis trente ans, les pousse à spécialiser leur agriculture pour l'exportation. Ainsi, les populations de ces villes se nourrissent-elles d'aliments importés. Les plus frappés ne sont pas des paysans, mais des urbains par millions, dans ces villes surpeuplées qui ont explosé sous l'exode rural et la forte natalité. Or à l'heure de la fluidité des marchandises, des capitaux et des hommes, ceux-là mêmes qui se révoltent sont devenus mobiles. Voilà qui explique le réveil brutal des responsables des pays riches.


VALÉRIE SEGOND

Source:la tribune

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